Page:Tremblay - L'hôpital public d'Ottawa, 1921.djvu/19

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alors une fortune d’environ $80000. Il se maria avec Archange Guillon, en mars 1833, passa en France en 1837, et ne revint au pays qu’en 1851. Cinq ans d’études sérieuses à Montréal le préparèrent à mieux entendre le beau travail de propagande qu’il allait faire pour l’hôpital dès 1857, date de son entrée avec sa femme dans cette institution.

Veuf en 1863, il ne songea plus qu’à lui-même (1). M. Larocque donna $10000 à l’hôpital avant l’ouverture de la construction nouvelle de 1866. Il mourut le 1er décembre de la même année. Un don de $10000 en 1866 équivaut à une offrande de $100000 aujourd’hui.

Les Sœurs Grises de la Croix ne pouvaient pas compenser tous les frais avec ces dons, quelque généreux qu’ils fussent. Aussi, elles durent emprunter pour achever les travaux. La compagnie d’assurances Liverpool leur accorda la somme voulue, bien qu’elles fussent obligées de se mettre glorieusement dans les dettes par-dessus la tête pour soigner les malades. Mgr d’Ottawa ne voyait pas sans crainte l’hôpital s’aventurer dans une entreprise aussi périlleuse au point de vue financier. Il conseilla aux religieuses d’abandonner leurs invalides pauvres, sous prétexte qu’elles ne pouvaient pas tout faire toutes seules. Mais la supérieure tint bon contre les plus sages conseils, et c’est grâce à cet entêtement superbe que la ville possède aujourd’hui son bel hôpital public, comme elle lui doit l’Hospice Saint-Charles. De nouveau l’institution veut accroître ses travaux, et de nouveau elle contrecarre, avec une persévérance qui vaut mieux que tous les arts de la diplomatie, les avis “les plus sages”.

Le premier malade entré à l’hôpital de la rue Water est le Père Gigoux. Son admission date du 1er septembre 1866. Des milliers ont suivi depuis lors. Il y aurait bien des incidents à raconter si le temps ne nous était pas mesuré. Disons cependant que lors de l’invasion fénienne, l’hôpital dut être loué au gouvernement pour la milice. Dans l’intervalle, les malades furent soignés rue Water, là même où se dresse aujourd’hui l’Hospice


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(1) Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de l'Ouest. A.-G. Morice, O. M. I., p. 170.