Page:Tsubouchi - Ourashima.djvu/13

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fuyait, terrifié, elle, pleine de honte, abandonnait son enfant et rentrait sous les profondeurs. Cependant, du sein de l’océan, elle envoya encore au héros une poésie de tendres regrets, à laquelle il répondit par un chant suprême : jamais il n’oublierait la jeune épouse qu’il avait prise pour dormir, en pleine mer, sur l’île où se posent les canards sauvages !… Ho-wori devait vivre encore, nous dit-on, près de six cents ans, et l’enfant qu’il avait eu de la princesse marine allait engendrer lui-même un fils illustre : Jimmou Tennô, le premier empereur.

Ce récit sacré, où divers critiques ont vainement tenté de découvrir une inspiration chinoise, est en réalité purement japonais : c’est même un des mythes qui montrent le mieux les origines océaniennes de la tribu conquérante qui allait devenir la classe directrice du peuple. D’où l’on peut induire dès à présent, contre l’opinion générale, que la légende d’Ourashima, si proche parente de ce mythe, n’est pas non plus de source continentale. Les philologues, anglais ou allemands, qui l’ont prétendu sont d’ordinaire enclins à considérer les Japonais comme incapables de rien inventer par eux-mêmes ; dès qu’on peut relever dans un récit japonais quelque ornement de style chinois, ils s’empressent de jeter par la fenêtre « l’enfant avec le bain ». Or, en matière de folklore, il faut savoir distinguer le fond essentiel et permanent des formes changeantes qui l’en-