Page:Tsubouchi - Ourashima.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 9 —

dans le Manyôshou (Recueil d’une myriade de feuilles), la plus ancienne et la plus originale des anthologies du vieux Japon. Bien que cette collection semble n’avoir été terminée qu’au début du neuvième siècle, les poèmes qu’elle renferme sont en général fort antérieurs ; nous avons donc, ici encore, un récit d’une authenticité certaine. Le poète raconte que, par un jour printanier, au temps du brouillard, il se promenait sur le rivage de Souminoyé en regardant les bateaux de pêche sur les vagues, lorsque cette histoire d’autrefois lui revint à l’esprit. Le jeune Ourashima, fier pêcheur de thons et de dorades, était resté pendant sept jours sur la plaine bleue, sans rentrer chez lui, ramant de plus en plus vers le large, quand il rencontra la fille du dieu de l’Océan. Tandis qu’il était courbé sur l’aviron, elle s’assit auprès de lui ; et, longuement, tous deux restèrent pensifs, jusqu’au moment où l’amour les rapprocha et les unit l’un à l’autre. Ils allèrent plus loin, plus loin encore, jusqu’au palais du grand dieu marin, et, la main dans la main, ils entrèrent enfin au fond de cette mystérieuse demeure. Là, ne connaissant ni les années, ni la mort, ils vivaient dans une joie éternelle. Mais un jour, l’homme de ce monde parla ainsi à sa bien-aimée : « Je voudrais te quitter un peu, pour revoir mon père et ma mère : nous ne serons séparés que jusqu’à demain. » La jeune femme répondit : « Si tu veux pouvoir revenir à ce Pays immortel et y reprendre notre vie d’amour,