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sans le savoir, de longues années dans le royaume sous-marin. Cet élément nouveau de l’inconscience du temps est commun dans le folklore. Dans la légende chinoise, qui elle-même est sans doute d’origine hindoue, deux amis, se promenant par monts et par vaux, arrivent à une retraite de fées, où deux sœurs très belles leur offrent des graines de chanvre et leur permettent de partager leur couche ; rentrés chez eux, ils découvrent avec stupeur que, depuis leur départ, sept générations se sont écoulées. Dans les récits de notre moyen âge, c’est l’histoire de ce moine qui, étant sorti dans la forêt pour y rêver en écoutant les oiseaux, s’aperçoit tout à coup, lorsqu’il revient au couvent, que tout a vieilli autour de lui. Rien d’étonnant si les Japonais, eux aussi, ont imaginé ce trait ingénieux, qu’on pourrait relever encore chez bien d’autres peuples.

Après le poème du Manyôshou, reste à signaler une dernière version ancienne de notre légende : la version en prose du Tango Foudoki (Description de la province de Tango), rédigée dans la première moitié du huitième siècle. Dans ce récit, plus développé, le jeune pêcheur, après avoir passé trois jours et trois nuits sans prendre aucun poisson, ramène enfin une merveilleuse tortue à cinq couleurs, qu’il met au fond de son bateau ; puis, il s’endort, et la tortue se change en une femme d’une beauté sans pareille. C’est un être des cieux, qui est venu à lui en chevauchant vents et nuages. Tandis qu’il