Page:Vandervelde - Les Crimes de la colonisation capitaliste.djvu/10

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nous a répondu. D’abord, une fin de non recevoir : l’État indépendant du Congo est, à notre égard, un État étranger. Ensuite, un procès de tendance : nous étions mus par des arrière-pensées républicaines et hostiles à l’œuvre du Roi. Ensuite, une accusation de lèse-patriotisme. Vous apportez, nous disait-on, votre concours à une campagne anglaise contre l’État indépendant du Congo. Enfin, cette affirmation générale : les témoignages que vous invoquez sont des exagérations ou des calomnies. C’est ainsi que le 2 juillet 1903, l’honorable M. de Favereau, ministre des affaires étrangères, disait :

« L’État indépendant du Congo peut répondre avec assurance aux critiques dont il est l’objet ; aucune nation n’a fait plus que lui et peu ont fait autant que lui pour la protection des indigènes. »

Et deux ans après, le 38 février 1905, l’honorable ministre disait encore :

« L’honorable M. Vandervelde ne veut pas entendre les protestations qui se sont élevées en Amérique, comme en Europe, contre ces abominables calomnies. Partout elles ont provoqué les dénégations de ceux qui ont fait un séjour dans le territoire du Congo, qui connaissent ce qui s’y passe et qui, au nom de la vérité et de la justice, contestent, avec indignation, les attaques dirigées contre l’administration de l’État indépendant du Congo. »

Or, au moment où l’honorable ministre prononçait ces paroles, en février 1905, le navire qui ramenait les commissaires d’enquête de l’État du Congo était en marche et allait arriver à Anvers !

Aujourd’hui, il sera bien difficile, je pense, de répondre à mon interpellation par les mêmes arguments. Et d’abord peut-on sérieusement soutenir qu’un État que nous subventionnons, dont nous hériterons un jour, que nous pouvons reprendre du jour au lendemain, soit, à notre égard, un État étranger ?