Page:Vandervelde - Les Crimes de la colonisation capitaliste.djvu/15

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petite fille, dans un quartier pauvre de Bruxelles. Qu’est-ce que ce crime, si affreux soit-il, auprès de l’assassinat de milliers d’êtres humains, de tout sexe et de tout âge, qui ont été mis à mort au Congo, par les soldats de la force publique ?

Au surplus, il est probable que l’État indépendant n’échappera pas à l’obligation de publier les procès-verbaux de l’enquête, car nous avons pu lire, il y a quelques jours, dans le Mouvement géographique, que sir Edward Grey, ministre des affaires étrangères d’Angleterre, a fait savoir à M. E. Morel, qu’il se proposait d’attirer l’attention du gouvernement de l’État indépendant sur la non-publication des témoignages.

Une fois de plus, l’État devra faire, contraint et forcé, ce qui eût été de son devoir d’accomplir librement.

Je viens maintenant au rapport lui même et je constate que dans ce rapport il y a deux parties : l’une qui contient des éloges pour ce qui a été fait au Congo depuis vingt-cinq ans ; l’autre, qui constitue un formidable réquisitoire contre les abus dont les indigènes ont été victimes.

Tout d’abord un éloge de ce qui a été fait au Congo ; et, dans une large mesure, je m’associe à cet éloge. J’admire, comme les commissaires de l’enquête, l’immense effort de persévérante énergie qu’il a fallu pour construire le chemin de fer des Cataractes, pour créer sur ce territoire immense un vaste réseau de communications postales et télégraphiques, pour doter la jeune colonie d’un puissant outillage économique.

Mais la réelle grandeur des résultats obtenus doit nous rendre d’autant plus sévères pour la situation qui a été faite aux populations indigènes. On a dit maintes fois que l’État indépendant du Congo avait été conçu avant tout dans un but de civilisation et d’humanité. On s’est vanté et l’on a eu raison, de ce qui a été fait pour l’interdiction de la vente de l’alcool et, ce qui est plus important, ce qui est plus essentiel, pour la suppression de la traite des nègres.