Page:Vandervelde - Les Crimes de la colonisation capitaliste.djvu/28

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devront avoir une taille minimum de 1m20. Ils devront être suffisamment forts pour supporter les fatigues de la route.

« La prime sera portée à 130 francs pour les hommes mariés. La prime ne sera due que pour ceux qui auront été livrés aux chefs-lieux de districts.

Un autre système, consistait à donner à l’officier une prime fixe, puis une prime proportionnelle d’autant plus forte que le soldat avait été acheté à meilleur marché. Or, au début, les noirs avaient quelque répugnance à entrer dans la force publique. Aussi, pour gagner les primes de recrutement on s’adressait aux chefs pour leur demander des esclaves ; on se les faisait donner en cadeau, ou bien on les achetait et on les amenait parfois enchaînés, dans les postes de l’État.

Je dois ajouter cependant, que, depuis longtemps déjà, on n’est plus obligé d’avoir recours à pareils procédés.

En effet, les nègres ont vite compris que faire partie de la force publique était chose moins pénible que d’être soumis à son autorité. Dans le rapport du consul anglais Casement, il rapporte ce mot très suggestif d’un noir auquel il demandait si le métier lui plaisait : « J’aime mieux être du côté des chasseurs que du côté du gibier ».

J’ai donc le droit de dire que les abominations qui ont été commises au Congo ont été tolérées et encouragées par l’État Indépendant, et j’ajoute que l’État est responsable de ces crimes parce qu’il en a profité.

Les bénéficiaires de ce régime d’exploitation, qui n’a d’équivalent que dans l’histoire des anciennes colonies espagnoles, c’est en premier lieu l’État lui-même, en second lieu, les sociétés concessionnaires de l’État et dans lesquelles l’État possède la moitié des actions ; c’est enfin le domaine de la couronne.

D’abord l’État lui-même, et tout à l’heure, lorsque je rendais hommage aux grandes choses accomplies au Congo depuis vingt ans, je ne pouvais pas oublier cependant que les ressources nécessaires pour les accomplir ont été demandées au système du caoutchouc, à l’exploitation intensive du domaine privé, qui a coûté tant de souffrances et engendré tant de misères.