Page:Variétés Tome II.djvu/133

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Mais je croy que peut-estre vous portez et couvez dans l’ame la tristesse qui vous gesne, et la douleur qui vous espoinct et bourrelle l’esprit.

Jeanne Bernet. Que profite-il de declarer son mal manifestement, et donner à cognoistre à tous le tourment qui vous accable, veu qu’il n’y a aucun moyen d’y donner remède ? Le roy est parti, ma commère : c’en est faict, le coup est donné, voilà Paris encore une fois bien affligé. De retourner en bref, il n’y a pas d’apparence : les affaires que l’on dict qu’il a maintenant sont trop urgentes et de trop grande importance. Nous voicy au comble de nostre malheur.

— Mais, dites-moy, je vous prie, ma commère, quelles affaires a-il pour le présent ? Tous les princes s’en vont, chacun fuit hors de Paris ; le vieil papelard de Chancelier3 mesme sortoit mardy par la porte de S.-Anthoine pour trainer sa queüe après le roy4. Que diable ne laisse-il vistement sa jaquette ? Il ne voit plus pour manier les seaux ; il semble qu’il est temps qu’il rende compte5 : sa conscience est bien chargée. Voilà un estrange cas, que le roy sejourne si peu dans Paris6.



3. C’est Brulart de Sillery, qui, malgré son grand âge, avoit repris, le 23 janvier 1623, la charge de chancelier, qu’il avoit occupée antérieurement, de 1607 à 1616.

4. Sillery imitoit en cela Du Vair, l’un de ses derniers prédécesseurs, qui avoit suivi le roi dans sa campagne de 1621, pendant laquelle il étoit mort à Tonneins, le 3 août.

5. Sa mort, arrivée le 1er octobre 1624, donna bientôt raison aux caqueteuses. Il avoit rendu les sceaux le 2 janvier précédent.

6. C’étoit le troisième départ du roi. La première fois, il