Page:Variétés Tome II.djvu/136

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dames ? Il semble que vous avez l’esprit rompu et agité de quelque chose aussi bien que moy ! Voilà donc bien tout perdu ! le malheur nous accable bien. Je commençois à gaigner ma pauvre vie, et tout d’un coup j’ai esté mise au blanc13. Je croyois avoir amassé une bonne pièce d’argent pour passer l’année à mon aise, moy et mes enfans ; mais un meschant prouvoyeur m’a emporté deux cens escus : c’est le prouvoyeur de monsieur de Nemours14. Il m’a presenté deux ou trois fois de la monnoye de Flandre pour excuse, disant qu’il n’en avoit pas d’autres ; mais au refus il s’en est allé, et je ne l’ay plus reveu. Sans doute c’est de l’argent de monsieur d’Aumale. Je ne croy pas pourtant que monsieur de Nemours soit party, car il imiteroit volontiers l’empereur Domitian : il s’amuseroit à prendre des mouches en sa chambre, tant il est lache et coüard. Il faut pourtant que je sois payée. Je ne crois pas que ce prouvoyeur oze faire cela, pour le respect de son maistre, car, si cela venoit à ses oreilles, il en seroit repris.

— Vrayment, ma commère (dit une autre petite friande), les maistres ne s’en font que mocquer. L’au-


13. C’est-à-dire au dernier sou. Le blanc valoit alors 10 deniers.

14. Henri de Savoie, duc de Nemours. V. sur lui notre édition des Caquets, pag. 162.

Le duc de Nemours avoit épousé, en 1618, la riche héritière de ce prince, Anne de Lorraine. C’est par ce mariage que le duché d’Aumale passa dans la maison de Savoie, où il resta jusqu’en 1675.