Page:Variétés Tome II.djvu/137

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tre jour je m’allois plaindre à un certain Camus des Marests du Temple, que chacun cognoist assez pour sa vaillance et grandeur de courage, que son prouvoyeur me devoit quatre cens francs (je craignois qu’il s’en allast avec le roi). Il m’a fort bien faict responce, en sousriant, que ce n’estoit pas à luy qu’il se failloit adresser, et qu’il ne pouvoit que faire à cela. Mais j’ai entendu depuis peu de jours que Dieu l’a puny, car il a perdu environ vingt mille escus au jeu, ce qui afflige fort madame sa femme, car elle ayme l’esclat de l’or, et voudroit volontiers, pour assouvir sa cupidité, se veautrer sur l’or et l’argent, tant elle a son cœur attaché aux biens de ce monde, ne suivant pas en cela l’exemple de son père, qui a foullé au pied les trésors et meprisé les richesses. — Mais une vieille edentée, aagée environ de quatre vingts ans, qui affectionnoit cette maison, commence, toute bouffie de colère, à repliquer : Comment ! vous avez tort de parler ainsi. Je fournis le poisson chez son frère, mais j’en suis fort bien payée ; l’argent est tousjours comptant, pas de crédit. Dieu mercy, on ne me doit rien de ce coté-là ; je voudrois, à la mienne volonté, que tous ceux ausquels je livre ma marchandise me payassent aussi bien comme on me faict chez luy.

L’argent est toujours comptant,
Mais les cornes y sont, pourtant.

— Vrayement (dit monsieur Martin, qui prestoit les oreilles à leur jargon), voilà de beaux discours que vous faictes là ! Ne sçavez-vous pas que cet homme a trouvé la caille au nid ? Les pistoles ne luy man-