Page:Variétés Tome II.djvu/139

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


n’eust pas recherché ses financiers17 ; mais du depuis l’ordinaire n’a plus bien esté ; tout est allé a décadence. Au lieu de prendre pour six à huict escus de poissons, ils n’en prennent plus que pour trois ou quatre. Le pauvre president Chevry estoit tellement espouvanté qu’il n’avoit pas le courage de prendre ses repas. Je croy qu’il avoit crainte de danser sous la corde après avoir tant dansé au Louvre, comme il a faict autrefois. Ses escus ont faict miracle : ils l’ont faict ressusciter, car il estoit mort d’apprehension qu’il avoit. Voilà ce que c’est de tant plumer la poule18. Il porte sa croix sur le manteau, tel qu’il est. Je ne sçay si ce n’estoit pas un presage et un augure qu’il devoit avoir pour tombeau la croix. Feydeau estoit en pareilles affaires ; il luy est bien venu qu’il avoit un tel gendre pour le deffendre. Voilà quel profit on reçoit de marier sa fille à des


Feydeau, qui étoit dans l’échevinage, donna son nom à une rue bien connue de Paris.

17. V. encore, sur cette recherche des financiers, les Caquets de l’Accouchée, passim.

18. On connoît cette expression satirique, et le petit livre contre les gens de finance dont elle inspira le titre : l’Art de plumer la poulle sans crier, Cologne, 1710, in-12. En 1774, elle avoit encore cours. On la retrouve dans cette jolie épigramme à propos de l’avènement de Louis XVI :

Enfin, la poule au pot sera donc bientôt mise,
––——On doit du moins le présumer :
Car, depuis deux cents ans qu’on nous l’avoit promise,
––——On n’a cessé de la plumer.