Page:Variétés Tome II.djvu/141

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les deux plus hardis voleurs qui soient dans la ville de Paris. On dit que monsieur Donon, je veux dire Larron, a gaigné (s’il faut appeller gaigner un larcin evident) à l’armée cent mille escus pour payer ses debtes, ce qui enorgueillit sa femme. Il y a plus de deux mois que mon mary va tous les jours chez luy pour en estre payé de ses gages. Il est impossible de pouvoir parler à luy ; il se faict celer ; il s’enferme dans son cabinet. Quand le pape de Rome viendroit et l’iroit demander pour luy donner l’absolution de son larcin, il ne sortiroit pas, tant il est empesché à dresser ses comptes. Sa femme ne l’est pas tant : elle se resjouit et passe le temps joyeusement, allant visiter ses courtisans d’un costé et d’autre, et, lorsque son mary n’est pas au logis, elle loge ses amis. C’est se gouverner en femme de bien d’exercer ainsi les actes de charité, logeant les pauvres et consolant les affligez.

Quand mon mary s’en va en ville,
Je demeure dans la maison,
Là où d’une façon gentille
J’entonne une douce chanson.
Je fais venir mon Bragelonne
Pour m’entretenir de discours,
Et, quand nous n’entendons personne,
Nous jouissons de nos amours.
Gentil mary, prend bon courage ;
Si tu es au rang des cocus,
Ferme les yeux et fais le sage :
Mon père a encor des escus.