Page:Variétés Tome II.djvu/142

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— Vrayement, c’est bien faict (dict une drolesse qui estoit de la place Maubert). Pour moy, puisque mon mary s’en est allé avec le roy, et que j’ay perdu quinze ou vingt escus que le valet d’un vieil reveur de pedant m’a emporté, je tascheray d’avoir de l’argent d’ailleurs. Je n’ay pas envie de faire encore banqueroute à ceux qui m’ont fait credit. Si je ne les paye d’une façon, je les payeray d’une autre, pourveu qu’ils me veullent croire. Voicy les bons jours, il faut gaigner de l’argent auparavant que chacun s’adonne à la devotion. Il me faut faire les œuvres de charité, logeant les aveugles, comme faict la femme d’un procureur du Chastelet qui fait la devote ; et lors que son badaut de mary va vendre son caquet et gratter le papier, elle va à confesse dans la chambre d’un qui luy donne l’absolution par le devant.

Jeanne le Noir, du marché Neuf, se tient offensée de tels discours. Elle la fait taire, et luy parle en ces termes : Il n’est pas temps de compter icy des sornettes ; il ne faut pas chanter devant un affligé, ny rire devant un qui pleure.

— Il est vray, dit le sieur Bonard ; certes, vous avez raison. Je ne sçaurois maintenant ouyr parler que de l’infortune qui nous est arrivé. Mon cœur fond en larmes quand j’y pense. Je voudrois bien prendre patience, et toutesfois je ne puis. Contentez-vous donc, ma bonne amie, si nous sommes assez affligez ; n’augmentez pas l’affliction par vos sales et importuns discours. Je perds ce caresme presque deux mille escus ; je n’ay pas occasion de rire. Je suis pour