Page:Variétés Tome II.djvu/143

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le moins autant affligé que monsieur de Crequy21, qui perdit ces jours passez vingt mille escus, avec un beau diamant d’un fort grand prix. Toutesfois il me semble qu’il ne doit avoir aucune occasion de s’atrister, car, outre que ses coffres sont assez fournis, le connestable22 en amasse pour luy. L’espérance qu’il a luy doit apporter une consolation et bannir de son esprit toute tristesse. Les frères de Luyne23 ont bien plus grande occasion de detester leur sort et s’affliger, car ils sont comme chahuans qui n’osent paroistre au jour. Ils ont voulu, comme papillons, s’approcher trop près de la chandelle ; ils se sont bruslez les ailes, et ne doivent plus à rien aspirer qu’à vivre doucement avec leurs femmes, qui mordent souvent leurs lèvres de fascherie qu’elles ont d’avoir esté deceues. Bon Dieu ! j’esperois faire un grand gain ce Caresme, mais le subit departement du roy m’en a bien osté le moyen.

L’evesque, lequel escoutoit ces discours, comme c’est un fort bon cors d’homme, tasche à les consoler tous, et par des paroles douces et amiables prend peine de leur oster l’ennuy et la tristesse qui les surmontoit. Mes amis, et chère compagne (dit-il), il faut prendre patience parmi les misères du temps : nous sommes en un miserable


21. Le maréchal de Créqui. V. sur lui une note de notre édition des Caquets de l’Accouchée, p. 170–171.

22. Le connestable de Lesdiguières, dont M. de Créqui étoit le gendre.

23. Depuis la mort de Luynes au siége de Monheur, la situation de ses frères étoit devenue telle qu’on la représente ici.