Page:Variétés Tome II.djvu/144

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siècle ; nous ne sommes pas seuls qui sommes affligez. J’ay aussi bien perdu comme vous ; mais neantmoins je ne me laisse pas emporter ainsi à l’ennuy ; je combats la douleur qui me vient environner. Que si j’ay perdu ce caresme, l’année prochaine ma perte sera remplie, avec la grace de Dieu. Je suis d’un naturel que j’espère tousjours ; semblable à celui qui esperoit avoir les seaux, et espère encore, mais en vain, possible. Que profite-il à un homme de se desesperer pour chose qui arrive ? Celuy qui a vendu son office soubs l’esperance de faire une meilleure fortune par la faveur de feu monsieur de Caumartin24 a subject de s’attrister, car, pauvre homme, il se voit pipé et frustré de son esperance, et recognoist qu’il ne faut pas tant mettre sa confiance ès choses de ce monde : la mort a empesché son dessein, et il est contrainct de gemir et souspirer amerement.

— Certes vous dittes bien (respondit monsieur de la Volée) ; nous avons des compagnons, et ne sommes pas seuls qui sommes tombez en la disgrace de la fortune ; je vois que les plus grands princes et les plus grandes princesses de la cour trempent dans un mesme malheur. Je cognois une pauvre dame qui estoit retournée d’Italie pour le mauvais traittement de son mary, esperant de se venir ranger


24. Louis Lefevre de Caumartin avoit été fait chancelier en 1622, et étoit mort peu de mois après. Nous ne savons quel est l’ambitieux qui, sur sa promesse, à ce qu’il paroît, s’étoit flatté d’obtenir son héritage, et fut trompé par sa mort trop prompte.