Page:Variétés Tome II.djvu/145

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sous les ailes de son frère ; mais le sort a voulu, au grand regret de tout le royaume, qu’il a ressenti devant Montauban25 les traicts funestes et rigoureux de la cruelle Parque ; tellement qu’elle souspire et sanglotte jour et nuict, et est contraincte de faire comme les jeunes filles que leurs parens ne veulent assez tost marier : elle prend sa queue entre ses mains et prend patience. Pour moy, je ne seray pas saisi d’un desespoir comme celuy qui nous a devancé, que chacun cognoit assez pour le traict digne d’admiration qu’il a faict, lequel, ne pouvant obtenir de Sa Majesté ce qu’il desiroit et accomplir ses desseins, s’est fait enterrer au point où vous sçavez. Ô sepulcre merveilleux ! ô tombeau honorable ! Sa sottise estoit grande et son aveuglement estrange. J’ay peur toutefois que quelqu’un de la compagnie fasse le mesme ; Dieu ne veuille ! J’ay resolu, pour moy, d’estre tousjours comme un ferme rocher contre les tribulations qui me surviendroient. Si je ne fais pas bien mes affaires en ce monde, et si la fortune m’est contraire, il n’y a remède ; c’est signe que Dieu m’ayme, et que j’auray mes souhaits en l’autre monde. Belle resolution ! Courage donc, vous autres qui estes tombés en affliction. Monsieur de Schomberg, resjouissez-vous : c’est une marque que le Ciel vous favorise ; si le brigand et voleur de Mercure est mis au nombre des dieux, pour-


25. Le siége de Montauban fut très meurtrier pour la noblesse qui combattoit dans l’armée royale. V., sur ceux qui y sucombèrent et sur les soupçons auxquels leur mort donna lieu, les Caquets de l’Accouchée, p. 159.