Page:Variétés Tome II.djvu/239

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


trouve à propos, cependant que les harangères, poissonnières, auront ouvert leurs mannequins et mis leurs maquereaux en vente, que nous songions à nos affaires et donnions ordre au retablissement de nostre ancienne fortune. Vous me cognoissez toutes pour l’unique clairvoyante de Paris ; je sçay et cognois toutes les bonnes maisons, je vous y peux placer quant bon me semble, et vous trouver des conditions à centaines ; et partant je vous prie de prendre garde aux choses qu’il faut que vous fassiez pour avoir tousjours de l’argent en bourse et vous entretenir honorablement.

Il faut premièrement sçavoir l’art de desguiser son parler, un visage simple, doux et complaisant, feindre estre devote, et de n’y pas songer, et aussi s’acquerir l’amitié de tout le monde ; mais le nœud de la besongne, et le ressort de toute l’horloge, est soubs main de courtiser le maistre de la maison au deceu de la maistresse, et de gaigner ses bonnes graces. C’est où il faut pener, suer, travailler jour et nuict, parce que, quant vous estes venus en ce point, vous avez tout et ne manquez de rien ; vous avez argent, hauts collets, cotillon, chemises, frottoirs et tout l’attirail de l’amour. Que si les femmes jalouses de leurs maris vous battent, frappent, interrompent, empeschent, ayent l’œil ouvert, vous soupçonnent, ou autrement, faudra faire les chatemites, les devotes par contenance, attester le ciel et la terre que ce qu’on vous impose est faux. Mais, afin de ne broncher en une matière si plausible, voicy une ordonnance (elle tira un papier de sa pochette) par laquelle vous cognoistrez ce que vous aurez à faire.