Page:Variétés Tome II.djvu/244

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tout soupçon de ma maistresse, je luy ay dit que mon maistre me poursuivoit à outrance et que je m’en voulois aller, et, soubs cette feintise, nous faisons des coups fourrez. J’ay desjà gaigné plus de vingt escus depuis deux mois, et outre tout cela je ne laisse point de me faire fourbir à un jeune clerc qui demeure chez nous.

— Mon maistre n’est que chaudronnier, dit la petite Janne, mais il sçait bien adjouster la pièce au trou, et croy qu’il n’y a homme qui sçache mieux mettre un pied à une marmitte que luy. Il me charge tout au contraire des chevaux et des asnes, qui ne portent que sur le dos ; mais il me charge sur le devant et j’en porte mieux.

— Lorsque mon maistre est absent, dit Jacqueline, la fille de chambre d’un marchand du pont Nostre-Dame, je ressemble à une statue, et ceux qui me verroient pourroient dire que je suis comme Andromède : je n’aspire que sa venue, car je ne puis tirer vent de ma pièce si je ne la mets en perce.

Là-dessus Margot la fine, qui tenoit un panier à son bras, se lève : On dit bien vray, dit-elle, que les hommes nagent mieux que les femmes, car ils ont deux vessies au bas du ventre ; mais quand je suis avec mon maistre, qui est procureur du Chastelet, il me semble qu’il nage, et moy aussi, tant nous nous roulons avec contentement l’un sur l’autre, et ma mais-


leur en venoit. On disoit indistinctement une bavolette ou un bavolet, comme Bois-Robert :

Loin de la cour je me contente
D’aimer un petit bavolet.