Page:Variétés Tome II.djvu/243

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que de les laisser refroidir à ma porte ; je leur laisse manger leur souppe dans mon escuelle, et preste le mien à ceux qui me le demandent. Mais je suis malheureuse en fricassée, car encore ceste nuict mon maistre s’est levé, feignant d’avoir un cours de ventre, et à peine a-t-il esté acroquillé sur moy, que la maistresse est venue et nous a trouvés brimbalant. J’ay bien peur qu’on m’oste le demy-ceint d’argent8 que j’avois eu, et qu’on ne me donne la porte pour recompense.

Par la mercy de ma vie ! dit la grosse Magdelon de la rue Sainct-Jacques, voilà bien comme il faut pondre ! Que ne regardez-vous à vos affaires de plus près ? ne sçavez-vous pas que les femmes sont jalouses de leurs maris, et qu’ils n’osent trancher une esclanche sans leur en donner le jus ? J’ay un maistre que je gouverne mieux que cela ; il est vray qu’il ressemble aux poreaux : il a la leste blanche, mais il a aussi la queue verte9. Je sçay prendre mon temps à propos : sur les montées, dans l’antichambre, dans son estude, il y a tousjours quelque petit coup en passant. — J’ay mieux faict, dit une bavolette10 qui demeure en la rue Sainct-Anthoine : pour oster


8. V. encore la Conférance des servantes…, dans notre tome 1er, p. 317, note.

9. Ceci prouve qu’un mot de la fameuse pièce du Demi-Monde dit aux répétitions, même à la dernière, qui fut publique, mais supprimé aux représentations, n’avoit pas même pour soi une bien fraîche nouveauté.

10. Le bas-volet ou bas-voilet étoit la coiffure des paysannes des environs de Paris. Le nom qu’on donne à celle-ci