Page:Variétés Tome II.djvu/289

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grand-duc, fils de Mars, a ès vieilles tapisseries de son hostel. Chacun à son tour : la Gascogne n’a-elle pas tenu assez long-temps le haut bout à la cour ? L’on dit qu’un contraire succède volontiers à son contraire : les Anglois et les Ecossois, les Portugais et les Espagnols, les Normans aux Parisiens, principalement aux marchandes du Palais (qui disent qu’elles ont fait un Normand quand quelqu’un se dedit), ne sont pas plus diametralement opposés que les Gascons aux Provençaux. Je croy que cette grande haine provient de ce que vous autres vous voulustes opiniatrer de manger nos figues de Marseille avec du sel, contre la coutume du pays, ou bien de ce que vous mangiez les plus belles prunes de Brignoles et nous donniez la trialle15. C’est pourquoy on vous fist sauter des pruniers en bas, sortir bien viste du clos sans vendanger, et eustes contraires jusques aux bœufs et aux bouviers, qui vous coururent à force et vous firent arpenter la Provence au grand dextre et pied de roy. Quelle merveille si maintenant les braves et courageux Provençaux ont sceu prendre leur tems et leur advantage ! La conjectura de lor cosse est le plus beau secret qu’ayent les prudens Italiens en matière de cour. Les Provençaux, dis-je, sont venus à la cadance croiser leurs picques d’une parfaicte obeïssance aux volontez du roy et grande fidelité à son service, et pour le soustien de ses favoris, l’honneur de la nation provençale ; et à ces fins, comme on n’entendoit autrefois à Paris que : De cap de jou ! et Mal de terre ! à present vous


15. C’est-à-dire ce qui reste de déchet après qu’on a trié.