Page:Variétés Tome II.djvu/291

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


roy et bienfaicteur, sur la grandeur et puissance duquel jettant les yeux de nostre consideration, nous nous estimons petits mouscherons envers cet aigle royal. Qu’il frappe, qu’il tuë, qu’il taille en pièces et morceaux ceux qui seront rebelles à ses commandements ! Quand ce seroient nos femmes, nos enfans et proches parens, ce sera sans aucune resistance qu’il chastiera les coupables de crime de léze-majesté. Nous garderons ce commandement jusques à la mort d’avoir presté tout devoir et obeïssance à nostre prince legitime et naturel, sans violer ny contrevenir jamais aux lois de nostre Dieu. Voilà comme j’ay ouy prescher autrefois un bon religieux au village de mon maistre, et qui luy dit un jour, et à ses frères, en sortant de la predication : Retenez cela, mes enfans ; soyez gens de bien, craignans Dieu et bons serviteurs du roy : vostre fortune n’est pas perdüe. — Non, vrayement, ay-je dit depuis ; car ils l’ont bien trouvée. Je fais ce jugement de mes maistres qu’ils continueront de servir le roy, encores que je ne vueille respondre de rien : car qui respond paye le plus souvent. Je sçay qu’il a mal pris à mon père pour avoir cautionné mon grand-oncle Magloire. Cela le mit si bas, qu’il fut contraint à boire de l’eau, la chose du monde qu’il a tousjours la plus haïe jusques à la mort, et ne voulut jamais humer bouillon, de peur d’en mettre dans son ventre. Or, se voyant proche de sa fin, il s’en fit apporter un plein verre ; et, comme on luy eust demandé quelle humeur le prenoit, veu le mal qu’il avoit voulu toute sa vie à cette liqueur : C’est la raison, dit-il, pour laquelle j’en veux boire à cest heure ;