Page:Variétés Tome II.djvu/292

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car il se faut reconcilier avec ses ennemis. Mais tout ce discours est un peu hors de propos : je reviens à mon affaire. S’il m’estoit aussi aisé de mettre une cheville à la roüe de leur fortune comme aux roües de leurs carrosses, j’en mettrais une qui tiendrait bien, et regarderais souvent s’il y aurait rien à refaire : car malheureux est qui se fie à fortune, disent nos anciens.

Chagrin. Tu es tellement transporté dans le bonheur de tes maistres, que tu vas à travers champ le chemin des ivrongnes par tes discours extravagans, et je m’asseure que qui te laisseroit parler, tu en aurais pour toute ta journée. Nous en sçavons assez, quoy que logez loing des cuisines du roy, et où tu as maintenant ton plat ordinaire. Dy-nous, de grace, quelque chose de la guerre. Je voy tant de milliers de personnes qui vont, viennent, courent, discourent à perte de veuë ! Tout le monde se produit pour avoir des commissions, mais plustost de l’argent de l’espargne, où il se fait de grands barats16, principalement des sacs qui viennent des receptes normandes. Il est vray que la pluspart de ces guerriers, s’appercevant de tels barats, disent comme l’advocat à qui un paysan avoit donné un escu qui n’estoit pas de poids : Mon advis et conseil est encores plus leger. Le service que je rendray à la guerre vaudra bien peu s’il ne vaut le payement qu’on m’a faict. Où es-tu maintenant, brave Castel Bayard, qui, ayant accompagné une fois le deffunct roy jusques à Saint-Ger-


16. Trahisons, tromperies. Au XVIIe siècle on disoit encore à Paris, dans le peuple, barateur pour trompeur.