Page:Variétés Tome II.djvu/297

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ce meschant fust assommé par quelque liberateur de la patrie ; qu’un tel homme seroit adoré des Marseillois. Et cependant, deux ans après le coup fait, baissant à Orleans avec ce mesme marchand, il me dit pis que pendre de Libertat25, vray liberateur, vainqueur et dompteur de ce monstre, et luy envyoit sa mediocre fortune. Quel bourgeois de Paris et bon François n’eust donné volontiers chose de grand pris pour voir representer la tragedie qui se joua naguères ! Et cependant, après la catastrophe, on commença d’envier les bien faits dont jouyssent ceux qui avoient combatu et abbatu ce monstre d’orgueil. Allez vous puis tourmenter pour le public, hazardez le pacquet pour le salut du peuple : tous joüent au mal content26 après qu’ils ont eu ce qu’ils desirent ! La devise de feu ce brave Philippes de Commines, que j’ay leuë quelquefois en la chappelle des Augustins de Paris, est par trop recogneuë veritable : c’est un monde representé par une boule avec la croix et un chou cabus27. Au monde n’y a qu’abus, et parti-


25. Le Corse Pierre de Libertat, capitaine de la porte Royale, à Marseille, ouvrit la ville au duc de Guise, tua Casaux d’un coup d’épée dans le ventre, et fut ainsi le libérateur des Marseillois. Il mourut en 1597, bien récompensé et honoré. (V. Bouche, id., p. 816–819.) Sa statue se voit encore à l’hôtel-de-ville de Marseille.

26. C’est un jeu de cartes, le même que Rabelais appelle jeu du maucontent (liv. 1, chap. 22}. Celui qui est mécontent de sa carte cherche à la changer ; s’il n’y parvient pas, devient le hère ou le malheureux, comme on disoit dans le Languedoc.

27. Nous lisons dans les Mélanges d’histoire et de littéra-