Page:Variétés Tome II.djvu/312

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causoit la mort, mais qu’il lui pardonnoit. Elle lui dit qu’en effet elle ne l’avoit jamais vu, et qu’elle pardonnoit aussi sa mort au chevalier, lequel, regardant sa maîtresse et touché de ce reproche, ne put s’empêcher de pousser un grand soupir. Elle lui dit qu’il n’étoit plus temps, et que, bien que ces lettres lui coûtassent la vie, elle louoit Dieu de ce qu’il lui faisoit la grâce de la faire mourir de la manière dont elle alloit finir ses jours, parceque, ayant vécu dans le fracas et l’éclat du monde, elle n’avoit pas eu lieu de se promettre une meilleure et plus heureuse fin ; et, s’adressant à ceux qui devoient subir le même supplice qu’elle, elle leur dit qu’il falloit que chacun tâchât de faire un bon usage de la mort qu’il alloit souffrir.

Lorsqu’elle sortit de la Bastille pour aller au supplice, son confesseur la pria de faire une action d’humilité chrétienne en montant sur la charrette, ce qu’elle fit incontinent, en disant qu’elle feroit bien d’autres choses pour Dieu. Son confesseur ne lui demanda cela que pour éviter la peine qu’elle auroit eue de voir executer M. de Rohan, qui devoit pourtant mourir le dernier, suivant ce qui avoit été ordonné ; mais le P. Bourdaloue, le voyant au pitoyable état où il étoit réduit, fut demander par grâce aux commissaires qu’on le fît mourir le premier, ce qu’on lui accorda. Cette pauvre dame devoit mourir la première, et, par un effet du hasard, elle mourut la dernière, le bourreau ayant trouvé sous sa main le chevalier de Préault plutôt qu’elle. On vient de me dire tout présentement qu’après