Page:Variétés Tome II.djvu/335

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Au bon sermon de ce moine tondu.
Escoutez tous. Premierement, il dict

Que les meschans ont vers nous grand credit.

Confesser faut que sommes mal vivans,
Que la plupart de ceux qu’allons cherchans
Aussi pour nous nous montrent les effects
De ce en quoy l’on nous tient pour suspects.

Mais qui commet des maux en plus de guise
Que vous, moines, vous disant gens d’eglise ?
Soubz vostre habit marqué de saincteté,
Passans le temps en toute oysiveté,
Et si allez suivans les bonnes tables,
Estant assis en pères venerables,
Où vous vuidez tasses et gobeletz,
Où vous mangez les frians morceletz,
Chapons, perdrix sautant de broche en bouche2,
Et en bruslant la langue qui les touche,
Vous vous plaignez (sans que je le deguise)
Qu’avez du mal à servir saincte eglise3.

Après pastez, andouilles aux espices,
Les cervelats et les bonnes saucisses,


2. On trouve ici l’origine de cette locution connue, manger de la viande de broc en bouche, c’est-à-dire la manger toute chaude, sortant de la broche.

3. Dans ce vers et ce qui le précède, on trouve un souvenir évident de la jolie épigramme de Marot, le Service de Dieu :

Un gros prieur sommeilloit en sa couche
Tandis rôtir sa perdrix on faisoit ;
Se lève, crache, esmeutit et se mouche.
La perdrix vire au sel de broque en bouche