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les poètes maudits


Ô parents, pourquoi donc vos fleurs sur nos berceaux
Si le ciel a maudit l’arbre et les arbrisseaux ?

Ciel ! où m’en irai-je

Sans pieds pour courir ?
Ciel ! où frapperai-je

Sans clé pour ouvrir ?

Sous la croix qui s’incline à l’âme prosternée
Punie après la mort du malheur d’être née !

Mais quoi ! dans cette mort qui se sent expirer.
Si quelque cri lointain me disait d’espérer,

Si dans ce ciel éteint quelque étoile pâlie
Envoyait sa lueur à ma mélancolie ?

Sous ces arceaux tendus d’ombre et de désespoir
Si des yeux inquiets s’allumaient pour me voir ?

Oh ! ce serait ma mère intrépide et bénie
Descendant réclamer sa fille assez punie.

Oui ! ce serait ma mère ayant attendri Dieu
Qui viendra me sauver de cet horrible lieu,

Et relever au vent de la jeune espérance
Son dernier fruit tombé mordu par la souffrance.

Je sentirai ses bras si beaux, si doux, si forts,
M’étreindre et m’enlever dans ses puissants efforts ;

Je sentirai couler dans mes naissantes ailes
L’air pur qui fait monter les libres hirondelles,