Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/330

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histoires

peut châtier un revolver, s’approprier par des sourires et des caresses le porte-monnaie d’un imbécile, au risque de plus de mois à Saint-Lazare que de juste, n’est-il pas plus noble, oui, noble, et plus gentil que d’accaparer en gros ou d’escroquer en détail ? J’aime, je l’avoue, ces beaux jeunes hommes à qui les chroniqueurs judiciaires décernent sans discerner la même tête ignoble, nos pères eussent écrit, patibulaire. J’adore ces vaillantes de la Joie à qui ta Société n’a rien à reprocher, elle qui ne fait que pressurer, emprisonner, enrôler, marier pour divorcer, saisir, guillotiner, et tout ! — que de vendre du plaisir, et de quel plaisir ! de celui qu’ont chanté tous les poètes, qui sur terre est, avec la vertu, l’unique bonheur, pour quoi périt Troie et à quoi nos arrière-petits-fils devront de vivre. Et même, à ce propos, ces charmantes compagnes d’oreiller nous tiennent quittes des conséquences. Que de peine aussi se donnent-elles pour nous plaire en toute sécurité nôtre ! Dessus et dessous de toilette, le teint fait, toujours prêt, la bouche et les yeux perpétuellement sur l’exquis qui-vive. Quant à leurs amants, des chevaliers, te répéterai-je à satiété, puisque te voilà branlant ta tête de saint Thomas bourgeois. Je te raconterai, quand tu voudras, des choses d’une authenticité terrassante. Mais, tiens, laisse-moi te chantonner