Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/264

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pendant un jour et une nuit comme une fournaise, il lançait sans relâche la foudre et les flammes, et je craignais qu’à chaque moment les voiles et les mâts ne fussent emportés. Le tonnerre grondait avec un bruit si horrible qu’il semblait devoir anéantir nos vaisseaux ; pendant tout ce temps la pluie tombait avec une telle violence que l’on ne pouvait pas dire que c’était la pluie, mais bien un nouveau déluge. Mes matelots, accablés par tant de peines et de tourments, appelaient la mort comme un terme à tant de maux ; mes navires étaient ouverts de tous côtés, et les barques, les ancres, les cordages, les voiles, tout était encore perdu. »

Pendant cette longue et pénible navigation, l’Amiral avait parcouru près de trois cent cinquante lieues. Ses équipages étaient à bout de forces. Il fut donc obligé de revenir sur ses pas et de regagner la rivière de Veragua ; mais, n’ayant pas trouvé un abri sûr pour ses navires, il se rendit non loin, à l’embouchure de la rivière de Bethléem, qui est aujourd’hui la rivière Yebra, dans laquelle il mouilla le jour de l’Epiphanie de l’année 1503. Le lendemain, la tempête recommençait, et même le 24 janvier, sous un gonflement subit du fleuve, les câbles des bâtiments se rompirent, et ils ne purent être sauvés qu’à grand’peine.

Cependant l’Amiral, n’oubliant pas le but principal de sa mission sur ces terres nouvelles, était parvenu à établir des relations suivies avec les indigènes. Le cacique de Bethléem se montrait accommodant, et il désigna, à cinq lieues à l’intérieur, une contrée où les