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LA CHASSE AU MÉTÉORE

à population clairsemée. Le président Harvey, partisan convaincu de la doctrine de Monroe, ne put faire autrement que de se ranger à l’avis exprimé par deux Républiques d’Amérique, et son influence décida du vote. Vingt abstentions et dix-neuf voix hostiles firent pencher la balance du côté de la négative.

Des gouvernements à finances embarrassées, qu’il vaut mieux ne pas désigner plus explicitement, suggérèrent alors qu’il serait équitable de répartir l’or tombé du ciel de telle manière que le sort de tous les habitants de la planète fût autant que possible équilibré. On objecta immédiatement que ce système, avec ses allures socialistes, constituerait une prime à la paresse et qu’il conduirait à une répartition si compliquée qu’on devait la considérer comme pratiquement irréalisable. Cela n’empêcha pas d’autres orateurs de vouloir compliquer encore, en soutenant, par voie d’amendements, qu’il convenait de tenir compte des trois facteurs : superficie, population et richesse, en attribuant à chacun d’eux un coefficient conforme à l’équité.

L’équité ! On n’avait que ce mot-là à la bouche. Il est moins certain qu’elle fût au fond des cœurs, et c’est pourquoi sans doute, tous espérant du temps un avantage quelconque, ces solutions furent rejetées comme les précédentes.

Ce dernier vote fut acquis le 14 juillet, et c’est alors que les délégués se regardèrent avec embarras. On se trouvait en face du néant.

La Russie et la Chine estimèrent le moment opportun pour exhumer la proposition enterrée au début sous une motion d’ajournement, en adoucissant toutefois ce qu’elle avait de trop rigoureux. Ces deux États proposèrent donc que la propriété des milliards célestes fût attribuée à celle des nations dont le territoire serait choisi par le sort, à charge pour elle de verser aux autres pays une indemnité calculée à raison de mille francs par citoyen.

Peut-être, tant était grande la lassitude, cette solution transactionnelle aurait-elle été votée le soir même, si l’on ne s’était heurté à l’obstruction de la République du Val d’Andorre. Son représentant, M. Ramontcho, entama un interminable discours, qui durerait peut-être encore, si le Président, constatant le vide absolu des banquettes, n’avait pris le parti de lever la séance et de remettre au lendemain la suite de la discussion.