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mathias sandorf.

« Sang-Dieu ! il ne se presse pas de venir, ce hasard, sur lequel nous avons la sottise de compter ! »

Sarcany ne répondit pas.

« Aussi, reprit Zirone, quelle idée de venir le chercher jusqu’au milieu de ces ruines ! Je crains bien que nous n’ayons fait fausse route, mon camarade ! Qui diable trouverait-il à obliger au fond de ce vieux cimetière ? Les âmes n’ont guère besoin de lui, quand elles ont quitté leur enveloppe mortelle ! Et lorsque j’en serai là, peu m’importera un dîner en retard ou un souper qui ne viendra pas ! Allons-nous-en ! »

Sarcany, plongé dans ses réflexions, le regard perdu dans l’espace, ne bougea pas.

Zirone demeura quelques instants sans parler. Puis, sa loquacité habituelle l’emportant :

« Sarcany, dit-il, sais-tu sous quelle forme j’aimerais à le voir apparaître, ce hasard, qui oublie aujourd’hui de vieux clients comme nous ? Sous la forme de l’un des garçons de caisse de la maison Toronthal, qui arriverait ici, le portefeuille bourré de billets de banque, et qui nous confierait ledit portefeuille de la part dudit banquier, avec mille excuses pour nous avoir fait attendre !

— Écoute-moi, Zirone, répondit Sarcany, dont