Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/87

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
77
capitaine sand.

dans leurs regards qu’il pouvait compter sur eux, il leur dit en deux mots qu’ils pouvaient à leur tour compter sur lui.

Dick Sand avait fait en toute sincérité son examen de conscience.

S’il était capable de modifier ou d’établir la voilure du brick-goélette, suivant les circonstances, en employant les bras de Tom et de ses compagnons, il ne possédait évidemment pas encore toutes les connaissances nécessaires pour déterminer son point par le calcul.

Avec quatre ou cinq années de plus, Dick Sand eût connu à fond ce beau et difficile métier de marin ! Il aurait su se servir du sextant, cet instrument, que maniait chaque jour la main du capitaine Hull, et qui lui donnait la hauteur des astres ! Il aurait lu sur le chronomètre l’heure du méridien de Greenwich et en aurait déduit la longitude par l’angle horaire ! Le soleil se serait fait son conseiller de chaque jour ! La lune, les planètes lui auraient dit : Là, sur ce point de l’Océan, est ton navire ! Ce firmament sur lequel les étoiles se meuvent comme les aiguilles d’une horloge parfaite, que nulle secousse ne peut déranger et dont l’exactitude est absolue, ce firmament lui eût appris les heures et les distances ! Par les observations astronomiques, il aurait reconnu, comme le reconnaissait chaque jour son capitaine, l’endroit qu’occupait le Pilgrim à un mille près, et la route suivie aussi bien que la route à suivre !

Et maintenant, à l’estime, c’est-à-dire par la route mesurée au loch, relevée au compas et corrigée de la dérive, il devait uniquement demander son chemin.

Cependant, il ne fléchit pas.

Mrs. Weldon avait compris tout ce qui se passait dans le cœur si résolu du jeune novice.

« Merci, Dick, lui dit-elle d’une voix qui ne tremblait pas. Le capitaine Hull n’est plus ! Tout son équipage a péri avec lui. Le sort du navire est entre tes mains ! Dick, tu sauveras le navire et ceux qu’il porte !

— Oui, mistress Weldon, répondit Dick Sand, oui ! je le tenterai, avec l’aide de Dieu !

— Tom et ses compagnons sont de braves gens sur lesquels tu peux absolument faire fond.

— Je le sais, et j’en ferai des marins, et nous manœuvrerons ensemble. Avec beau temps, ce sera facile ! Avec mauvais temps… eh bien, avec mauvais temps, nous lutterons et nous vous sauverons encore, mistress Weldon, vous et votre petit Jack, tous ! Oui, je sens que je le ferai… »

Et il répéta :

« Avec l’aide de Dieu !