Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/137

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Le frelon ne doit pas entrer chez les abeilles,
Le pain que nous mangeons n’est pas fait pour les chiens !

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !


Devant la huche vide elle s’est étendue.
Pressant contre son cœur le maigre nourrisson,
Elle chante et sanglote. Oh ! Dieu, quelle chanson !
Et la nuit l’enveloppe. Elle se sent perdue.
De misère, à la fin, tout son lait s’est tari.
— « Ta mère n’a que toi ; reste encor, ma colombe,
Reste, » soupire-t-elle. — Et la nuit tombe, tombe.
L’enfant râle : il est mort avant d’avoir souri.

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !


Comme elle revenait seule, du cimetière,
Le front échevelé comme un chardon bourru,
Une vieille édentée après elle a couru :
— « Eh ! folle ! vas-tu donc pleurer ta vie entière ?
Écoute un peu ; chez moi des marchands sont venus.
Ils cherchent, m’ont-ils dit, où fleurit la verveine.
Viens ; ce sont de beaux gars, ils ont la bourse pleine. »
Et la fillette a peur en voyant ses seins nus.

 
Pauvre Madeleine,
Pauvre cœur en peine !