Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/152

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Mais Jésus n’est plus si lointain ;
Il lui sourit au fond des nues ;
Les larmes lui sont revenues
Comme la rosée au matin.

Sa jeunesse qui fut si blonde
A bien fini par s’endormir.
Elle regarde sans frémir
Le vain simulacre du monde,

Parfois un vent délicieux
Vient se mêler à son haleine.
C’est l’odeur de la marjolaine
Qui fleurit au jardin des cieux.

Voici qu’à l’heure où sous les branches
Pointe l’Aube, timide un peu,
Paraît encor l’Ange de Dieu,
La colombe dans ses mains blanches.

— « Madeleine, le jour a lui ;
Veux-tu voir le Maître en sa gloire ? » —
— « Oh non, Seigneur, je n’y peux croire ;
Mon cœur est indigne de lui.

« Comment m’aimerait-il encore ?
J’ai si peur et j’ai tant péché !
Mon cœur est un oiseau caché
Qui chante de loin pour l’Aurore. »