Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/172

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Tous les vains bruits se sont apaisés.
Le soleil expire et la nuit tombe.
Au firmament avec la colombe,
Vite envolez-vous, derniers baisers.

Dans l’or et le bleu la lune rose,
Comme autrefois, s’éveille à demi.
À sa lueur le bourg endormi
Semble un insecte au cœur d’une rose.

Entrecoupé d’ombre et de clarté,
Le ruisseau d’argent bruit à peine.
On croirait entendre une âme en peine,
Pleurant tout bas le temps enchanté.

Et l’air fraîchit et le vent se lève.
Un souffle a passé par la forêt.
Sous les bouleaux voici qu’apparaît,
Dans l’or et le bleu, mon ancien rêve.

C’est la pâle fleur de mon printemps,
Cueillie à l’aube un jour de dimanche.
Un bouquet fané dans sa main blanche,
C’est le triste amour de mes vingt ans.

Sa chevelure qui se défrise
Nonchalamment flotte sur son cou.
Ses yeux, trop clairs, sont les yeux d’un fou.
Son manteau brodé fuit dans la brise.