Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/37

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Non ; mais ses cheveux d’or noués à son bras blanc,
Une enfant de quinze ans à peine, qui repose
Et, sous un dais de fleurs, sommeille ou fait semblant.

Merlin, riant, s’approche et lui jette une rose.
Lentement la dormeuse entr’ouvre ses doux yeux,
Et l’eau n’est pas si fraîche et le ciel est moins rose.

Le sage pour le coup en devient tout soyeux.
Depuis cent ans passés qu’il rôde par le monde,
A-t-il jamais rien vu qui soit plus merveilleux ?

— « Enfant délicieuse, es-tu la Rosemonde
Qu’emporte en plein azur l’aile du colibri,
Ou la fille aux yeux bleus du roi de Trébizonde ? »

La belle, à ce discours, a gentiment souri.
Une clarté descend des bois à la ravine ;
Il semble que l’aurore ait de nouveau fleuri.

— « Surement vous rêvez, messire.. » — « Ah ! je devine :
Une fée. On s’en doute à voir ce pied mignon. »
— « Nenni, fait l’innocente, et sa bouche est divine.

« Je ne suis qu’une enfant. Viviane est mon nom.
Mon père est d’ici près, qu’on dit bon gentilhomme.
Il a trente écuyers qui portent son pennon.