Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/50

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Merlin, qui la comprend, la regarde et soupire.
— « Mon amour, mon enfant, ma Viviane !… — Et puis
Il est resté trois jours avant de lui rien dire.

Avant de lui rien dire il est resté trois nuits.
On n’entend frissonner, sous le vent qui défaille,
Que le jardin magique avec ses mille bruits.


VIII


Ô barde qui cherchiez lutteur à votre taille
Et défendiez vos droits de si rude façon,
Voici venir enfin la suprême bataille !

Vous entriez en guerre avec une chanson.
Mais il est un danger que la vaillance ignore,
Un plus souple ennemi que le géant Saxon.

Viviane est si triste ! En vain le soleil dore
Le suave incarnat de sa jeunesse en fleur,
Elle pleure, en chantant, comme la mandragore.

Qu’elle est belle, si fraîche encor sous sa pâleur !
Sa grâce languissante a cent fois plus de charmes,
Et le cœur de Merlin s’est rempli de douleur.