Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/80

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Le baron dans son cœur en est tout réjoui.
Isoline a senti la mort planer sur elle.
Sa beauté tout à coup devient surnaturelle,
Nul ne peut l’approcher sans en être ébloui.

Elle est femme après tout. Sa vie aventureuse
Chevauche à l’horizon et la fait tressaillir.
Elle est femme. Elle semble un instant défaillir ;
Il lui vient un regret de sa jeunesse heureuse.

Elle revoit le vieux château de ses parents.
Sa mère, au grand soleil, file sur la terrasse ;
Son père aux cheveux blancs arrive de la chasse,
Sur son cheval tranquille, entre ses chiens courants.

Une larme, une seule, étoile sa paupière.
Les vieux vivent toujours et vont prendre le deuil.
Mais ce n’est qu’un moment. Elle frémit d’orgueil
Et de nouveau son cœur est froid comme la pierre.

— « Voyons, te repens-tu ? » crie encor le baron.
— « Me repentir ? Jamais. » — « Eh bien, qu’on en finisse.
C’est toi qui l’as voulu ; je te livre au supplice.
Il tremble. Sa voix rauque expire en un juron.

Oiseaux de l’île rose, oiseaux, faites silence ;
Pleurez, folâtres fleurs de l’île de beauté !
Vous ne reverrez plus le cortège enchanté ;
Isoline au plus haut d’un chêne se balance.