Page:Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein - Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, 1889.djvu/28

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Son fils avait un an de plus que moi ; il fut décidé que nous nous marierions au bout de dix-huit mois ; j’étais destinée à avoir quatre-vingt mille livres de rente.

Je dirai ici un mot sur mon éducation : ma mère me prodiguait ses soins ; quoique je fusse très gâtée, en ce qu’on cherchait toujours à me faire plaisir et qu’on me laissait me livrer à ma gaieté et à ma vivacité naturelles, jamais on n’a été aussi surveillée que moi. J’avais une gouvernante de beaucoup d’esprit et de sagesse ; elle ne me quittait que si j’étais avec ma mère, et je puis le dire avec vérité, jusqu’à mon mariage, à l’âge de dix-neuf ans, je n’ai jamais dit une parole qui n’ait été entendue, écouté un mot qui ne m’ait été dit tout haut, lu une ligne qui n’ait été vue. Ajoutez à cela que je suis naturellement franche jusqu’à l’excès ; ma mère ne me menait que par la tendresse et faisait de moi ce qu’elle voulait.

Dans mon enfance, j’avais envie de tout ce que je voyais ; on me laissait acheter tous les joujoux que je voulais, indistinctement, et je suis sûre, d’y avoir employé quelquefois vingt-cinq louis dans un mois ; l’instant d’après, par un caprice naturel à l’enfance, je me dégoûtais de ce que j’avais acheté ; alors on faisait paraître devant moi des pauvres vieillards, des enfants tout estropiés ; je voulais leur donner, on me disait que je n’avais plus d’argent, que cette poupée avait coûté deux louis, etc… ; je pleurais, j’assurais que la poupée ne m’avait pas amusée un quart d’heure ; de là on me faisait voir sans effort combien il était absurde de dépenser pour des bagatelles. Cette manière a bien réussi, car je puis dire avec vérité que personne n’a eu, depuis son enfance, moins de fantaisies que moi, et au milieu du Palais-Royal je n’aurais envie de rien acheter…

J’étais fort vive, on fit tourner tout ce feu sur l’étude, j’avais beaucoup de facilité ; j’appris la musique, la danse, le dessin, l’italien, l’anglais, l’algèbre, l’astronomie. J’étais liée avec plusieurs jeunes personnes de mon âge, surtout avec mesdemoiselles de