Page:Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein - Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, 1889.djvu/29

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Sérent, mes amies intimes et les personnes les plus parfaites. Elles étaient filles du duc de Sérent[1], gouverneur de enfants de M. le comte d’Artois. Je voyais sans cesse ces petits princes, Messeigneurs les ducs d’Angoulême et de Berry.

Dès l’âge le plus tendre on m’avait destinée à épouser M. de Lescure[2], mon cousin ; je l’aimais dès le berceau, comme si j’avais eu quinze ans. Lui, très timide et très sauvage, était à l’École militaire ; il en sortit à l’âge de seize ans, le plus instruit de tous les jeunes gens, le plus parfait sur tous les points, le plus vertueux, mais en même temps le plus gauche. Son père, excellent homme, plein d’honneur, mais livré au libertinage et au jeu, venait de foire pour huit cent mille livres de dettes. Il avait, pour compagnon de ses débauches, M. Thomassin, le gouverneur de son fils ; telle était la vertu de ce dernier, que c’était à lui qu’ils venaient avouer leurs fautes et demander des consolations ; il aimait et respectait son père, malgré ses faiblesses ; dix ans après sa mort, il le pleurait encore.

[M. de Lescure avait eu pour gouverneur, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à neuf ans et demi, le père Duteil[3], ex-jésuite ; c’est lui qui lui a inspiré cet amour si vif pour Dieu et ce goût pour l’étude, qu’il possédait à un si haut degré. La première fois que ce saint prêtre vint chez nous à Paris, en 1792, M. de Lescure ne l’avait pas vu depuis longtemps ; rien n’égala leur joie mutuelle de se retrouver. Mon cousin se plut à aller chercher des livres de latin et d’italien, pour prouver à son cher

  1. Armand-Louis, comte de Sérent, marquis de Kerfily, né à Nantes le 30 décembre 1736, maréchal de camp en 1780, gouverneur des princes en 1788, grand d’Espagne ; duc de Sérent et pair de France en 1814, lieutenant général, chevalier des ordres, décédé le 30 octobre 1822.
  2. Louis-Marie de Salgues, comte, puis marquis de Lescure, né à Paris le 15 octobre 1766, capitaine à la suite du régiment Royal-Piémont cavalerie, fut général dans la grande armée vendéenne, et mourut de ses blessures le 4 novembre 1793.
  3. L'abbé Vareille-Duteil était réfugié en 1791 dans la maison Saint-François de Sales, à Issy, près Paris. Amené devant le Comité de la section du Luxembourg, il fut enfermé dans l'église des Carmes et massacré le 2 septembre.