Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/181

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GARNÉADE. — EKAMEN CRITIQUE. 171

toat prouver, ne prouvent rien : voilà toute sa thèse. Sorti des discussions publiques, dit Numénius, il rendait hommage à la vérité, dans ses entretiens avec ses amis, et parlait comme tout le monde. S'il doutait de la justice dans ses discours, il l'obser- vait dans sa conduite. Nous fera*t-on croire aisément qu'il ait été un malhonnête homme et un sophiste, le philosophe qui a exprimé cette belle pensée rapportée par Piutarque ^^^ : «Il ne faut pas croire que, si les encensoirs, même quand ils sont vides, répandent encore longtemps une bonne odeur, les belles actions disparaissent sans laisser dans l'âme du sage des pensées, dont la douceur toujours nouvelle la rafraîchisse et la ravive , et lui permette de mépriser ceux qui se répandent en plaintes et en injures contre la vie, comme si le monde était un séjour de misères, un lieu d'exil où les âmes ont été reléguées, n

Pourquoi , nous dira-t-on , ce sérieux et aimable esprit s'estril attaché à cette étrange et paradoxale doctrine, le probabilisme? C'est toujours à ses idées qu'il faut revenir, car c'est le seul grief qu'on ait contre lui. La réponse ici est très simple : c'est qu'on se fait du probabilisme une très fausse idée. Si, au lieu de le condamner sans l'entendre et sans le comprendre, on voulait y r^rder d'un peu près , on verrait bien vite que cette doctrine n'est pas aussi noire qu'on le dit, on s'apercevrait même qu'il y a parmi les honnêtes gens beaucoup de probabilistes sans le savoir. L'objection qu'on lui a toujours opposée, par laquelle on l'étrangle , est tout simplement pitoyable. A-t*on répété assez de fois que la probabilité ne se comprend pas sans la certitude, qu'on ne peut s'apercevoir qu'une chose est probable ou vrai- semblable si on ne possède un modèle, un type de vérité d'après lequel on juge et mesure la vraisemblance, que, par suite , c'est un non-sens de dire que quelque chose est vraisem- blable si rien n'est certain ? Mais il y a une certitude que les probabilistes, pas plus d'ailleurs que les pyrrhoniens, n'ont jamais contestée , c'est celle du phénomène. Le probabiliste ne

^*^ De tranquil, aninù, 1 9.

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