Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/182

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couteau-poignard, ne répondit-il rien, sur le moment. Il se sentait attaqué. C’était l’aîné : il laissait Percenoix, son cadet, parler et s’engager comme une petite folle. — Sûr de lui (mais prudent !), il voulait, avant d’accepter la lutte, se rendre un compte méticuleux des positions et des forces de l’ennemi.

Dès le lendemain, toute la petite ville de D*** fut en rumeur. On se demandait quel serait le menu du dîner.

Évoquant des sauces oubliées, le receveur particulier se perdait en conjectures. Le sous-préfet calculait et prophétisait des suprêmes de phénix servis sur leurs cendres ; — des phénicoptères inconnus voletaient dans ses rêves. Il citait Apicius.

Le conseil municipal relisait Pétrone, le critiquait. Les notables disaient : « Il faut attendre », et calmaient un peu l’effervescence générale. Tous les invités, sur l’avis du sous-préfet, prirent des amers huit jours à l’avance.

Enfin, le grand jour arriva.

La maison de Me Percenoix était sise près des Promenades, à une portée de fusil de celle de son rival.

Dès quatre heures du soir, une haie s’était formée, devant la porte, sur deux rangs, pour voir venir les convives. Au coup de six heures, on les signala.

L’on s’était rencontré aux Promenades, comme par hasard, et l’on arrivait ensemble.

Il y avait, d’abord, le sous-préfet, donnant le bras à madame Lecastelier ; puis le receveur particulier et le