Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/233

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


argentier, tu sais bien, pour gagner ton pari de l’autre jour.

Le sire de Maulle rouvrit les yeux à demi, pris d’une vague inquiétude.

— Quel pari ? N’êtes-vous pas endormie encore, mon bel ange ?

— Mais — ton pari d’être l’amant de sa fille, la petite Bérénice, qui a de si beaux yeux !… Oh ! quelle bonne et jolie enfant, n’est-ce pas ?

— Que dites-vous, ma chère Ysabeau ?

— Ne m’avez-vous point comprise, mon seigneur ? Je rêvais, vous disais-je, que vous aviez mis le feu à la demeure de mon argentier pour enlever sa fille pendant l’incendie et en faire votre maîtresse, afin de gagner votre pari ?


Le vidame regarda autour de lui, en silence.

Les lueurs d’un sinistre lointain éclairaient, en effet, les vitraux de la chambre ; des reflets de pourpre faisaient saigner les hermines du lit royal ; les fleurs de lys des écussons et celles qui achevaient de vivre dans les vases d’émail rougeoyaient ! Et rouges, aussi, étaient les deux coupes, sur une crédence chargée de vins et de fruits.

— Ah ! je me souviens… dit, à mi-voix, le jeune homme ; c’est vrai ; je voulais attirer les regards des courtisans sur cette petite pour les détourner de notre joie ! — Mais voyez donc, Ysabeau : c’est réellement un grand incendie, — et les flamboiements s’élèvent du côté du Louvre !