Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/333

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mais amusement de ses vierges, importés des rives de l’Indus par les flottes de Tadmor, — les épices subtiles, les verreries d’Akkô, les objets de santal ouvragé, les captives, les perles, les essences de fleurs pour les bains, le bedollah pour embaumer les morts, les pâtes de pierres écrasées pour polir la peau, les légumes rares, les ombrageux chevaux de race iranienne, les ceintures brodées de sentences profanes, les roselles d’Asie aux plumages de saphir, les serpents de luxe tout charmés, venus de Suse, les lits de plaisir et les grands miroirs de métal entourés de branches d’ébène.

Au delà des retranchements, environnée de tombeaux et de fossés, plus haut que le circuit de Jaïr ou des Illuminations, se déroule, immense, la cité de David. Douze cents chariots de guerre gardent ses douze portes. Hïérouschalaïm, sous les ombres du ciel, éclaire les milliers d’arches de ses aqueducs, entrecroise ses rues circulaires, élève jusqu’aux nuées les dômes d’airain de ses édifices.

Sur les places publiques rougeoient les casques de la milice de nuit. Çà et là, des feux, encore allumés, indiquent des caravansérails, des logis de pythonisses, des marchés d’esclaves. Puis, tout se perd dans l’obscurité. Et le souffle sacré des prophètes passe, dans le vent, à travers les ruines des murs chananéens.

Ainsi est endormie, sous la solennité des siècles, aux bruits proches des torrents, la citadelle de Dieu, Sion la Prédestinée.