Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/361

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




Alors le souci de ce prolongement d’exil, où, captif de la Raison, le Mage, avant de s’unir à la Loi des Êtres, avait encore à détruire l’ombre qu’il projetait sur la Vie, passa sur l’âme du Roi.

L’Étoile des bergers, à travers les cheveux de l’Ecclésiaste, scintillait dans l’infini. Silencieux, il abaissa ses regards vers les collines de la fille de Sion, endormie à ses pieds…

— Quel souffle amer t’a donc porté vers nous ?… dit le Prédestiné.

La forme de la Vision s’effaçait déjà sur l’espace : une voix perdue parvint à Salomon : il entendit ces paroles terribles où transparaissait la Prescience-Divine :

— Ô Roi ! chantait au fond des nuits le mélancolique Azraël, — à travers la durée et les sphères, j’ai senti le pieux abandon de ta pensée et, dans le mystérieux oubli d’un Ordre du Très-Haut, j’ai voulu te saluer, ô toi, le Bien-Aimé du Ciel… Mais, sous ta main pacifique, s’abritait encore l’ancien confident de ton œuvre de lumière, Helcias, l’Intercesseur. Je connus alors l’Inattendu. Ce n’était pas ici que j’avais reçu mission de le délivrer de l’Univers ! Et je compris que le Tout-Puissant m’avertissait de me ressouvenir, par la grâce de ce premier étonnement, d’aller, enfin, — selon l’Ordre déjà prescrit — selon l’Ordre dont