Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/96

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duc s’était retiré dans son familial manoir ; il s’était fait l’habitant solitaire de ce massif manoir à créneaux, construit en de vieux âges, au milieu de sombres jardins et de pelouses boisées, sur le cap de Portland.

Là, pour tout voisinage, un feu rouge, qui éclaire à toute heure, à travers la brume, les lourds steamers tanguant au large et entrecroisant leurs lignes de fumée sur l’horizon.

Une sorte de sentier, en pente vers la mer, une sinueuse allée, creusée entre des étendues de roches et bordée, tout au long, de pins sauvages, ouvre, en bas, ses lourdes grilles dorées sur le sable même de la plage, immergé aux heures du reflux.

Sous le règne de Henri VI, des légendes se dégagèrent de ce château-fort, dont l’intérieur, au jour des vitraux, resplendit de richesses féodales.

Sur la plate-forme qui en relie les sept tours veillent encore, entre chaque embrasure, ici, un groupe d’archers, là, quelque chevalier de pierre, sculptés, au temps des croisades, dans des attitudes de combat[1].

La nuit, ces statues, — dont les figures, maintenant effacées par les lourdes pluies d’orage et les frimas de plusieurs centaines d’hivers, sont d’expressions maintes fois changées par les retouches de la foudre,

  1. Le château de Nothumberland répond beaucoup mieux à cette description que celui de Portland. — Est-il nécessaire d’ajouter que, si le fond et la plupart des détails de cette histoire sont authentiques, l’auteur a dû modifier un peu le personnage même du duc de Portland, — puisqu’il écrit cette histoire telle qu’elle aurait dû se passer ?