Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/24

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peine d’élever votre son de voix habituel : je suis auprès de vous ― et, depuis quelques minutes, je vous entends jouer avec des mots, comme un enfant.

― Et, physiquement, où êtes-vous ?

― Étendue sur les fourrures, dans le souterrain, derrière le buisson des oiseaux. Hadaly paraît sommeiller. Je lui ai donné ses pastilles et son eau pure, de sorte qu’elle est toute… ranimée.

La voix, ― rieuse sur cette dernière parole, ― de l’être invisible que l’électricien venait d’appeler Sowana, bruissait, toujours discrète et basse, en une patère des rideaux violacés. Celle-ci formait plaque sonore et frémissait sous un chuchotement lointain apporté par l’électricité : c’était un de ces nouveaux condensateurs, inventés d’hier à peine, où le prononcé des syllabes et le timbre des voix sont distinctement transmis.

― Dites-moi, mistress Anderson, reprit Edison après un instant de songerie, ― en ce moment seriez-vous sûre d’entendre ce qu’une autre personne me dirait ici ?

― Oui, si vous le redisiez vous-même, très bas, entre les lèvres, au fur et à mesure : la différence de l’intonation, dans vos réponses, me ferait comprendre le dialogue. ― Vous voyez : je suis un peu comme l’un des génies de l’Anneau, dans les Mille et une Nuits.

― En sorte, que si je vous priais de relier le fil téléphonique, avec lequel vous me parlez en ce moment, à la personne de notre jeune amie, le miracle dont nous avons parlé se produirait ?

― Sans aucun doute. C’est une chose prodi-