Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/34

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


qu’un elfe invisible, cachée dans l’air, répondait à un magicien.

Edison, en souriant, laissa échapper le cornet du téléphone et reprit sa promenade.

En passant auprès d’une table d’ébène, il jeta distraitement la dépêche parmi les ustensiles qui s’y trouvaient disposés.

Mais, par hasard, le papier tomba sur un objet d’aspect saisissant et extraordinaire : la présence en était même inexplicable en ce lieu.

La circonstance de cette rencontre fortuite parut attirer l’attention d’Edison qui s’arrêta, considérant le fait et réfléchissant.


VIII


Le songeur touche un objet de songe


« Pourquoi pas ? »
Devise des temps modernes.


C’était un bras humain posé sur un coussin de soie violâtre. Le sang paraissait figé autour de la section humérale : à peine si quelques taches pourpres, sur un chiffon de batiste placé tout auprès, attestaient une récente opération.

C’était le bras et la main gauche d’une jeune femme.

Autour du poignet délicat s’enroulait une vipère d’or émaillé : à l’annulaire de la pâle main étincelait une bague de saphirs. Les doigts idéals retenaient un gant couleur perle, mis plusieurs fois sans doute.