Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/50

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Et lord Ewald s’inclina, tout en serrant les mains d’Edison.

Un peu surpris par ce discours, débité avec ce flegmatique sourire qui donnait l’idée d’un rayon de soleil sur de la glace, le puissant inventeur salua son jeune ami.

― Mais, comme vous avez grandi, mon cher lord ! reprit gaiement Edison, en indiquant un fauteuil à lord Ewald.

― Vous aussi, et plus que moi ! répondit le jeune homme en s’asseyant.

Edison, en examinant son interlocuteur ― dont le visage était maintenant bien éclairé ― s’aperçut, dès le premier coup d’œil, de l’ombre terrible qui pesait sur cette physionomie.

― Milord, dit-il en s’empressant, ― est-ce que la rapidité de votre trajet vers Menlo Park vous aurait indisposé ?… J’ai là un cordial…

― Nullement, répondit le jeune homme : pourquoi ?

Edison, après un silence, dit simplement :

― Une impression. Excusez-moi.

― Ah ! dit lord Ewald, je vois ce qui vous a fait penser à cela. Ce n’est rien de physique, je vous assure. C’est, figurez-vous, un chagrin incessant, qui, à la longue, m’a rendu le regard habituellement un peu soucieux.

Et, ajustant son lorgnon, il jeta un coup d’œil autour de lui :

― Combien je vous félicite de votre sort, mon cher savant, continua-t-il. Vous êtes un élu et voici un musée qui promet. ― N’est-elle pas de