Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 8.djvu/182

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appellent saxon et dont nous aurons tout à l’heure l’occasion de parler.

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Mais où l’école d’ornements de Toulouse déploie un génie particulier, c’est dans la composition des chapiteaux dont la forme générale, l’épannelage, est emprunté au chapiteau corinthien gallo-romain et dont les détails rappellent, avec une délicatesse de modelé mieux sentie, certains ornements si fréquents dans la sculpture byzantine[1] ; c’est plus encore dans ces compositions toutes pleines d’une sève originale, où des feuillages tordus, des rinceaux, des animaux, s’enchevêtrent avec une sorte de rage, se découpent puissamment, formant ainsi des reliefs brillants, des ombres vives d’un grand effet. L’orfévrerie byzantine présente un grand nombre de ces sortes de compositions ; mais l’exécution en est lourde, molle, uniforme, tandis que l’école de Toulouse sait la rendre précise, heurtée même parfois jusqu’à la violence. Témoin ce chapiteau du portail occidental de Saint-Sernin (fig. 29), dans lequel s’entrelacent des animaux d’une physionomie si farouche et si étrange. Tout imparfait que soit cet art, après les molles sculptures de la Provence, son énergie charme et attire l’attention ; il est l’expression d’un peuple cherchant des voies nouvelles, aspirant à se délivrer de traditions abâtardies. Cette ornementation de l’école toulousaine du XIIe siècle préoccupe, se fait regarder, provoque l’étude, tandis que celle de Provence, séduisante au premier abord, ne présente, lorsqu’on veut l’analyser, qu’une réunion de poncifs communs, altérés par une longue suite d’imitations ou l’indifférence de l’ouvrier. Un peuple se peint dans sa sculpture lorsque celle-ci ne lui a pas été imposée par l’habitude ou par un faux goût prétendu classique. Or, rien ne pourrait mieux exprimer le caractère de cette population toulousaine qui sut résister avec tant d’énergie aux armées de Simon de Montfort que ces nombreux objets d’art que l’on voit encore dans la capitale languedocienne ou dans quelques villes environnantes, telles que Moissac, Saint-Antonin, Carcassonne.

  1. Voyez Chapiteau, fig. 18.