Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 8.djvu/455

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


blissent les sommiers des arcs et voûtes avec une profonde connaissance de la géométrie et des pénétrations des corps, mais ces sommiers sont dépourvus d’ornementation. Ils ne sont d’ailleurs que la prolongation recourbée des faisceaux de moulures, de colonnettes et de prismes qui composent les piliers.

Nous ne devons pas omettre ici les sommiers des manteaux de cheminée, lesquels prennent parfois une grande importance, à cause de la charge qu’ils ont à porter et de la poussée des claveaux qu’ils doivent maintenir dans leur plan[1]. Ces sommiers, fortement engagés dans les murs, se projettent en saillie prononcée sur les pieds-droits, forment coupe, quelquefois avec crossette, pour recevoir le premier claveau. Au commencement du XVe siècle, on a taillé de ces sommiers remarquables par la bonne entente de leur tracé. Entre autres, nous signalerons ceux des cheminées du château de Polignac, auprès du Puy en Velay. Ces sommiers sont composés de deux assises dont les queues sont engagées dans la muraille.

Voici, fig. 9, en A, la section horizontale des pieds-droits de ces cheminées. Leurs profils se retournent également sur le manteau. Le tracé perspectif B fait comprendre comment ces profils composent et le pied-droit et le manteau ; comment ils se pénètrent pour établir une butée en C capable de résister à la poussée de la plate-bande appareillée ; comment les deux assises en retraite l’une sur l’autre forment une crossette D destinée à empêcher le glissement des claveaux. La prolongation contournée du profil du manteau tracée en G sur la section horizontale n’est donc pas un simple ornement ; cette prolongation sert de butée aux sommiers et maintient leur écartement.

Les cheminées des châteaux de la Ferté-Milon, de Pierrefonds, de l’hôtel de Jacques-Cœur à Bourges, et de beaucoup d’habitations qui datent du XVe siècle, présentent d’heureuses combinaisons de sommiers à la fois très-solides et décoratifs.

On donne aussi, dans certaines provinces, le nom de sommiers à des poutres ou poitraux qui, posés sur des piliers, sont destinés à porter des pans de bois de façades de maisons (voy. Boutique, Maison, Pan de bois). Dans l’Île-de-France, les grosses pierres, sortes de chapiteaux posés sur les piles d’angles ou sur la tête des jambes étrières recevant les bouts des poitraux et les poteaux corniers des pans de bois, étaient également appelés sommiers.

SOUBASSEMENT, s. m. Ordonnance inférieure d’un édifice ou d’une portion d’édifice. Le soubassement diffère du socle en ce qu’il se compose de plusieurs assises, qu’il prend une certaine importance en hauteur, en saillie, en richesse, tandis que le socle n’est qu’une simple

  1. Voyez à l’article Cheminée, fig. 2, 3, 6 et 7, quelques-uns de ces sommiers les plus simples.